la mort chez les oasiens

Publié le par Kostani

Perception de la mort chez les oasiens et les traditions axiales à la mort

Il faut signaler que notre prétention n’est pas d’étayer une quelconque théorie et ou d’étaler une certaine vérité. Ce n’est qu’un essai ou encore une invitation à aborder les constats chacun de son côté pour justement dégager la vérité et alimenter la mémoire collective des grandeurs de nos ancêtres et de donner à la chose sa juste valeur pour vivre en équilibre avec soi-même comme l’ont été nos ancêtres avec toutes les difficultés de la vie et ses aléas notamment leur attitude face à la mort de l’un des leurs.

La mort pour être souvent vécue est perçue presque comme un événement naturel voir un soulagement des fois. En effet, dans la vie initiale de la transhumance la mort d’une personne est vécue comme un devoir de l’enterrer et de protéger son cadavre contre les charognards notamment les hyènes. Aussi, l’enterrement s’effectue le plus rapidement possible dans un trou non loin du lieu de la tente et on recouvre la tombe par de lourdes pierres et des branches d’acacias pour dissuader toute tentative de creuser de nuit ou après le déménagement. Le cheptel n’étant pas conscient de la mort ne peut attendre des formalités rituelles ou le temps d’un deuil La vie continue donc même si c’est la veuve elle-même qui doit garder les caprins et les chameaux en attendant que les enfants grandissent pour prendre le relais. A propos des enfants, la mort d’un enfant est des fois perçue comme un soulagement à une jeune mère mariée à 15 ans et qui enfante à 16 ans ne savant quoi faire de son enfant face à ses taches quotidiennes et à son esprit enfantin qui n’a pas encore suffisamment joué librement. Pour les vieux, quoiqu’ils sont presque vénérés, leur mort est perçue comme une suite logique de la chronologie des générations et que des fois une vieille personne réclame elle même la mort quand elle n’a plus personne de sa génération dans les alentours et que personne ne vient plus remuer les beaux souvenirs d’autrefois et de leur belle époque.

Le brassage des populations sédentarisées dans les oasis va changer quelques aspects de la mort chez les descendants des nomades du grand Atlas. Cependant que la conception ou la perception de la mort reste au fond la même, ce qui va changer c’est le rituel des enterrements et des deuils. En effet, le pleur collectif pendant 40jours adopté par les Pharaons va connaître son application et son prolongement dans les oasis où les juifs ont depuis des siècles loués domicile mêlant la tradition Egyptienne et le deuil juif de 7 jours.(voir la mort de Jacob ( GENESE 50/2-3-4-7 et-10). Les Oasiens optent pour le pleur collectif : des femmes se griffant le visage et pour un deuil de 7 jours où les proches et ceux qui les soutiennent ne se lavent point, ne portent pas de vêtements neufs et ajournent toute festivité et baptême. Les proches par des liens de sang continuent ce deuil pendant 40 jours. Une veuve se couvre de tissus larges sans couleurs éclatante ni de couleur précise et au-delà de 7 jours, elle pourra vaquer à ses activités normales sans rien changer à ses habits de deuil ou de mettre le henné ou encore de se laver le corps ou de mettre des parfums ou des encenses.

L’enterrement a lieu au plus tard le lendemain après la prière de midi selon le rite malikite et les condoléances de même que la prière du mort a lieu en un lieu non loin du cimetière. La tombe est recouverte comme à l’accoutumer des pierres et des épines (pour en dissuader les hyènes d’autrefois) . Ces épines sont enlevées au 40ème jour et la tombe demeure modeste, simple et sans aucun ornement ni prescription sur les pierres tombales. Au cimetière tous les défunts sont égaux dans la construction de leurs demeures définitives à une simple exception pour le positionnement de la pierre tombale du côté des pieds pour une femme qui érigée dans le sens où la partie plate est orientée vers le nord sans que cela ne revête un signe religieux : juste pour distinguer la tombe d’une femme de celle d’un homme et sans savoir exactement la raison d’être de cette distinction même après la mort tout en sachant que telle ou telle pratique ne sert plus à rien à la défunte sauf les prières... Elles sont pareilles (les tombes) à celles que l’on visite sur le lieu dit AL BIKAA à Médine non loin de la tombe du Prophète Mohammed salla Allah alayhi wa sallam. Avec le temps, la façon de pleurer par les femmes a été modifiée et limitée au pleur collectif sans se griffer le visage ou déchirer ses vêtements à la manière des anciens juifs et des anciens égyptiens. Et le soir comme en ville c’est la veillée du mort avec un dîner souvent onéreux à charge de la famille du défunt ou de ses voisins selon les oasis. Le cas à Tadighoust est malheureusement mal conçu car l’on est obligé de dépenser excessivement pour nourrir tous ceux qui viennent présenter leurs condoléances et leur affliction égoïste et qui restent sans y être inviter pour manger le repas à venir.

.On peut dire que les gens d’ici ont tout le temps côtoyé la mort surtout la mort infantile du fait que les grossesses ne sont pas suivies médicalement et que même la femme enceinte n’est pas aménagée non plus car elle doit être productive et collabore dans les travaux des champs en plus des charges à la maison. En outre, le manque d’hygiène et la chaleur contribuent à une sélection naturelle de ceux qui peuvent tenir dans des conditions de vie très difficiles, sans apports nutritifs supplémentaires que le lait maternel ou le même régime alimentaire des adultes face à des maladies intestines très fréquentes. La mort emporte en général les deux tiers de la progéniture d’une femme. Ainsi, la mort n’est pas un mystère et le cimetière ne cache rien de mystique et ne dégage aucune conduite particulière. Car bien des cimetières de chez nous qui sont traversés par les sentiers pour piétons et pour les bêtes de somme. Le cimetière où sont enterrés les anciens habitants du Ksar détruit sur le lieu dit AGUERFESSA fût traversé par une rigole nouvellement construite et les os déterrés sont entassés et enterrés ailleurs sans ambages avant que toute trace de ce cimetière ne soit complètement effacée par le passage dans tous les sens sauf le Saint des lieux (SIDI Abderrahmane) dont les ruines témoignent du lieu de sa tombe elle aussi ensevelie sous les décombres du toit effondré et des murs rasés par les intempéries et la négligence. De même que l’ancien cimetière d’ EL Borj lequel, face à l’ignorance ou à l’oubli de nos générations. Maintenant je comprend bien la réaction du saint des lieux en l’occurrence SIDI AHMAD OU LAHDJ dont on raconte que quand on a voulu le sacraliser en construisant une coupole sur sa tombe, le défunt a expédié sur terre pendant la nuit cette coupole à deux reprises, et donc on le laissa tranquille et on va jurer à Sidi Abdellah de Ksar MOU.. Le cimetière juif de son côté n’est pas aménagé non plus et il est devenu un potager une fois le dernier juif a quitté les lieux sans emporter les ossements comme prévu par la convention signée par le rabbin et les anciens d’une part et par les représentants des fractions des Ait MOU propriétaires du terrain d’autre part.

Lalouaz Mohamed Ben Touhami

Elborj

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