premier jour du dortoir
Premier jour du dortoir
Ou l’ « aux pieds des lits »
Dédiée à Zaid Chkouch et tous les internes de Lycée Sijilmassa des années 72/75
C’est le mois d’octobre, le mois des dattes, du mais et des grenades, mais aussi le mois de la rentrée scolaire. Dans ce mois jaune quelque chose serre les gorges de tous les écoliers et
surtout les collégiens et les lycéens qui vont quitter leurs belles palmeraies pour gagner la capitale de la province, ksar es souk, Errachidia maintenant. Dans leurs petits faubourgs il n’
y avait que le niveau primaire.
Ce qui atténue un peu l’angoisse de la séparation c’est les courts moments qu’ils passaient ensembles aux dortoirs avant de dormir, avant le fameux « pieds aux lits » et le
« contrôle » du maître d’internat.
C’est la première nuit qu’on va passer au dortoir, cet ogre qui accueille une centaine d’élèves chaque nuit. Le maître d’internat en despote absolue est dans sa « boxe » avec
des amis privilégiés, d’autres sont déjà dans les toilettes non pour les besoins naturels mais pour fumer des moitiés de cigarettes noires.
Nous étions une demie douzaine de copains du patelin et d’autres contrés, on discutait du tout et du rien, de nos besoins vitaux au réfectoire jusqu’à l’existence de dieu. Tout le monde
cite les défauts de la gestion du surveillant général, un ami qui nous a quitté maintenant il y a de cela une douzaine d’années a osé même parler d’abus de pouvoir, lui qui a un frère commissaire
sait de quoi il s’agit un abus de pouvoir, nous on ne sait rien de ce terme juridique mais on sent son signifié, le mec qui gérait l’internat était un vrai dictateur.
Parmi nous un ami ne se plaigne jamais de rien, au contraire il ne cesse de répéter que l’internat est un paradis si on le compare à nos maisons de boue et de terre, à nos pains noirs, à
nos repas sans desserts, et surtout ce qui le fascine le plus c’est les lits à ressort, assit ou étendu sur son lit il rebondit et rebondit pour mieux sentir l’effet des ressorts.
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ici c’est le paradis, on descend pour apprendre quelques mots et on monte pour manger, on descend une deuxième fois pour quelques mots et on monte pour manger, on descend
une troisième fois et toujours pour des mots et on monte pour manger et s’étendre sur nos lits à ressorts, et que ce que vous demandez de plus. Vous êtes des gens gâtés et vous ne remerciez pas
dieu qui vous a donné tant de bien et de confort.
C’est ce qu’il ne cesse pas de répéter notre ami.
Le lendemain, on le trouvé étendu pas sur son lit mais par terre, à force de trop bouger toute la nuit il a du tomber.
_ Ça c’est le paradis lui disent les camarades du dortoir.
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