Ifrkhan

Publié le par Kostani

 

Ifrkhan

 

Afroukh, en tamazight, veut dire le palmier, en même temps le garçon, tafroukht, la fille, mais souvent le signifiant est utilisé pour le mâle plus que pour la fille, dans notre oasis le deuxième sens est tombé en désuétude et ne signifie usuellement que le premier sens, le palmier.

 

 Ifrkhan sont pour les oasiens leurs fils, une légende dit que le palmier meurt et tombe à terre tout de suite lorsque son propriétaire qui le soigne meurt, les palmiers, comme les oliviers ont des âmes, ils ne sont pas comme les autres arbres fruitiers qu’on peut changer on déracinant les vieux pour cultiver les plus jeunes sans beaucoup de chagrins…il va sans dire que c’est une évidence que chaque arbre qu’on cultive, irrigue et soigne devient presque un membre de la famille, des arbres ont des prénoms, des autres sont vénérés et possèdent de la baraka…etc. Mais dans le royaume des végétaux apprivoisés, le palmier reste le roi sans contestation quelconque. Et le roi des rois est Boufkous, le Mejhoul fait défaut à Tadighoust, Boufkous n’est jamais à l’intérieur de la palmeraie, c’est une variété rare qui habite les limites de la palmerai où l’eau fait défaut, ainsi elle possède moins d’eau mais plus de sucre et sa conservation naturelle est très aisée. Les oasiens ne mangent pas cette variété royale, elle est jalousement conservée pour les invités et ceux qu’on aime, et elle est très appréciée avec le petit lait.

 

Les dattes,  sont consommées selon leurs qualités et leurs modes de conservation, ou tout simplement pour leurs goût et quantité de sucre, des dattes du petit déjeuner avec la soupe au choux, des dattes du soir avec le petit lait, la patte de dattes dorée pour l’hiver.

 

Les premières dattes de la saison vers fin juillet ne sont pas consommées par celui qui les trouvent mais dédiées surtout aux parent qui ne visitent plus fréquemment les champs.

 

 

Les palmiers, comme les hommes ont des ages, il y en a des petits qui ne donnent pas encore de dattes, vers cinq ou six ans c’est déjà l’age de générosité, la variété et la qualité s’apprécient et se figent, et rarement le changement peut les affecter sauf dans des conditions exceptionnelles comme la sécheresse. On peut parler aussi d’une sociologie des palmiers, des variétés qui se ressemblent se rassemblent, les venues tôt, les venues tard, tamnzout, tamazouzt, les jeunes et les adolescents, chaque matin et chaque soir, et parfois la nuit, partent à la chasse de timnzas, qui parfois entourés d’épines de jujubiers pour empêcher les rôdeurs…

 

La datte avant q’elle soit datte, est avant tout des grains dans une splendide pochette  sur un arbre féminin, pochette d’une couleur marronne et d’une odeur d’Eden, les oasiens l’utilise momentanément comme récipient pour y boire du petit lait et de l’eau…cette pochette est l’équivalent du fœtus chez les humains…dans une autre pochette sur un autre arbre, mais mâle cette fois, les palmiers mâles sont d’une quantité très inférieure et même insignifiante à celle des femelles, le fellah arrache le cœur de la pochette qui est sous forme de grappe pleine de poussière blanche, met le cœur dans son sac descend de l’arbre mâle, monte l’arbre femelle, déchire la première pochette, fait introduire la grappe qui contient la poussière inséminante dans la grappe femelle, attache tout avec les feuilles du palmiers lui même.  Le rite est presque religieux, chaque fellah qui assume cette responsabilité d’insémination doit être pure et doit réciter des miséricordes à dieux dans un air serein, lent et un peu mélancolique, au mois d’avril les palmerais deviennent un grand choral de chants  très appréciés par tout le monde, le rite est purement masculin et le savoir faire demande une certaine maturité et habilité, plusieurs accident sont parfois mortelles, dans nos oasis on n’utilise point les cordes comme dans les oasis d’Algérie, de Tunisie ou autres..

 

L’age de la datte passe par plusieurs phase, trois sont essentielles, la datte non mûre de couleur verte, Ablouh, il existe des iblouhn consommable et même parfois apprécié, vers juillet les dattes prennent une couleur jaune soleil et commencent à contenir du sucre, mais sans douceur, les oasiens conseillent les hommes à consommer ses inkerns car on croit à leurs effets de fortifiants aphrodisiaque…

 

La cueillette des dattes est une vraie fête pour l’oasis, hommes , femmes, enfants, et animaux sont mobilisés et pour faire descendre les grappes de l’arbre, les mettre sur les dos d’ânes et les transporter pour les étaler et laisser mûrir soit à Inourars places réserver au sèchement des dattes et des céréales, ou tout simplement sur les terrasse des maisons.

 

 

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Publié dans tadighoust

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