Préjugés
Préjugés
« Préjugé. Ce qui est jugé d'avance, c'est-à-dire avant qu'on se soit instruit. Le préjugé fait qu'on s'instruit mal. Le préjugé peut venir des passions ; la haine aime à préjuger mal ; il peut venir de l'orgueil, qui conseille de ne point changer d'avis ; ou bien de la coutume qui ramène toujours aux anciennes formules ; ou bien de la paresse, qui n'aime point chercher ni examiner. »
Alain
D’où viennent ces parasites cognitifs ?
La socialisation même se base sur les préjugés. Les idées, les valeurs qu’on fait apprendre, qu’on inculque aux enfants sont transmises dans un bain d’émotions, de sentiments et de subjectivités, subjectivités parfois nécessaires pour faire passer ce qu’on veut faire passer sans avoir du temps ou suffisamment de raison pour l’argumentation.
Dans ce sens les préjugés expriment la spontanéité du sens commun, l’ennemi du savoir savant, l’ennemi avec qui il faut faire coupure épistémologique dirait Gaston Bachelard dans son livre, la formation de l’esprit scientifique, ou Durkheim dans, les règles de la méthode en sociologie, ou tout simplement Descartes dans les règles de la méthodes. Pour ses penseurs, le savoir populaire n’a rien à voir avec l’esprit scientifique basé sur la démonstration empirique ou formelle, mais pour d’autres comme Piaget, kohen, Mafezolli et autres, il n’a y pas de mur entre les deux savoirs, et la science n’est qu’un phénomène social comme tous les autres phénomènes d’où l’importance de la sociologie des sciences pour comprendre pourquoi des pays, des communautés, ont su être scientifiques tendis que d’autre restent dans l’amalgame, je dirais pas des mythes, les mythes sont une dimension essentielle de l’homme, mais plutôt l’amalgame de superstitions et compensations psychologiques, prendre ses désires pour des vérités, c’est ce qu’il y a de plus grave comme obstacle de la construction du savoir adéquat et pertinent.
Dans la vie comme à l’école, un minimum d’objectivité est nécessaire pour voir plus loin que le bout de son nez.
Le préjugé, certes, a des cotés positifs, comme la prudence, la différenciation, le calme interne, même illusoire. Mais en grande dose, le préjugé peut être un grand handicap et de l’apprentissage et de la richesse de la personnalité, et avec lui on peut voyager à coté de la vie.
L’anecdote de l’élève qui disserte toujours sur le jardin familial, même le jour ou le maître à demandé comme sujet le voyage dans un avion, notre élève pour revenir à son sujet favoris, dans l’introduction, il fait tomber l’avion dans le jardin de la villa, cette anecdote résume bien le mal du préjugé.
Juger, les choses, les idées et les gens sur un seul argument, « il a fait ça avec moi, il doit le faire avec les autres » « je l’ai vu…donc » « j’ai écouté…donc » « nous somme et nous restons… » « tu n’es pas comme moi…tu as tort » ne démontre que le manque du souffle de la raison.
Parmi les préjugés graves de notre société la valeur exagéré qu’on donne à ceux qui ont passé les deux tiers de leur vie sur les bancs de l’école et l’université et finissent leurs études, les « instruits » ce signifiant parfois sans signifié, je ne plaide point contre la scolarité et l’instruction, mais rendre cette catégorie une caste au dessus des gens ne fait que compliquer la vie et rend la communication sociale à zéro. Un vieux du Bled m’a dit un jour, « pour nous rien n’est changé, les français sont partis et ont laissé leurs enfants, ceux qui ont fait l’école, c’est vous à leurs places qu’on voit sur les chaises aux café, dans les bureaux, et vous êtes très gonflés, comme eux, pour vous parler, on doit vous donner un bojor »
C’est une misère d’entendre, dans une querelle de rue entre un boutiquier et un lettré, ce dernier qui dit : « moi au moins je suis un fonctionnaire, et toi tu n’es rien » le boutiquier parce qu’il n’est pas fonctionnaire il est rien ! L’argument qui me rappel, l’aigle mange la viande, l’homme mange la viande, l’aigle est un homme ! une instruction pareil n’en a pas besoin nos fellahs, nos commerçants, nos artisans et autres intelligents du quotidien.
Dans la vie de nos parents, ceux qui n’ont pas passé à l’école, il n’y a point de premiers et de derniers, de moujtahid et de kassoul, de très bien et médiocre. Cette hiérarchie artificielle n’existe que sur les cahiers d’examens, c’est vrai que c’est indispensable pour l’évaluation, mais c’est devenu très dépassé, et on évalue maintenant sur les compétences construites par le maître et l’apprenti.
La vie doit être appréhendé au pluriel. Une idée peut être fausse dans un contexte, mais vrai dans un autre. Un homme peut commettre des erreurs, des fautes et même des délits, mais il peut devenir meilleur, les instituteurs, ces grands hommes qui construisent des vérités au quotidien, savent qu’est ce que la pédagogie différentiel et que presque personne n’est mieux que personne, et qu’il y a autant de personnalités que d’habilités et compétences, la psychologie cognitive parle maintenant d’une vingtaine intelligences, l’idée de la suprématie mathématique et linguistique est révolue. Bourdieu a même démontré que l’intelligence n’existe pas, et qu’on est tous intelligents pour quelques choses et bêtes pour d’autres.
Et quand les préjugés s’enchevêtrent, le taux de l’illusion augmente et on est dans la dévalorisation mutuelle, personne ne respecte personne, personne n’écoute personne.
Le discours sur les préjugés ne peut être que normatif, c’est vrai que chacun de nous a sa part de préjugé, raison de plus pour qu’un chacun doit faire des efforts pour se sur dépasser et oublier son égocentrisme. Chose difficile certes mais essayons comme même. Et je crois que la qualité d’écoute est le grand remède pour le mal des stéréotypes, prendre le temps pour ramasser le maximum de données est un principe scientifique et moral incontournable, diagnostiquer avant de prescrire l’ordonnance, c’est ce que fait chaque médecin même interne et débutant, prendre les mesures avant de couper le tissu, avant de construire un mur, avant de fabriquer une porte c’est ce que font respectivement les tailleurs, les maçons et les menuisiers.
Les préjugés lorsqu’ils émanent des manipulations et des instrumentalisations, ils deviennent dangereux, c’est la médisance qui a tué Socrate, Copernic et autres, qui a brûlé les livres d’Ibn Rochd, se sont les préjugés de suprématies des religions sur d’autres, des nations sur d’autres, des ethnies sur d’autres qui ont engendrés guerres et génocides.
En guise de conclusion, le savoir savant doit retourner et faire beaucoup d’efforts pour être au niveau de comprendre la sagesse au quotidien.